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Ibrahim Traoré a défendu, le 27 septembre 2026, son bilan après quatre années à la tête du Burkina Faso. Le chef de la junte revendique des territoires reconquis, une armée renforcée et une économie qui « se porte de mieux en mieux ». Mais l’insécurité reste profondément ancrée et l’espace politique s’est considérablement refermé.
Traoré revendique la reconquête du territoire
Arrivé au pouvoir par un coup d’État en septembre 2022, Ibrahim Traoré affirme que plusieurs localités ont été reprises et que des populations ont pu y retourner. Face à deux journalistes lors d’un entretien diffusé par la télévision publique, il a défendu les résultats obtenus en matière de sécurité et d’économie.
Le capitaine affirme désormais disposer d’unités capables d’intervenir sur l’ensemble du territoire. Il assure également préparer ses forces à de « grandes guerres », au-delà de la lutte contre les groupes jihadistes.
Une insécurité toujours profondément ancrée
Le discours de reconquête se heurte aux chiffres. Quatre ans après l’arrivée de Traoré au pouvoir, le Burkina Faso reste l’un des principaux foyers du jihadisme mondial. Le Global Terrorism Index 2026 le classe au deuxième rang des pays les plus touchés par le terrorisme.
Le nombre de morts liés au terrorisme a certes reculé de 45 % en 2025, mais 846 personnes ont encore été tuées dans 59 attaques. Plus de la moitié des attaques se sont concentrées dans le nord et le nord-est du pays, notamment près des frontières avec le Mali et le Niger.
Surtout, cette baisse n’a pas empêché les groupes jihadistes de conserver une importante capacité offensive. En février 2026, le JNIM a mené plus de 30 attaques au Burkina Faso. Plus de 120 militaires, gardes forestiers et Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) ont été tués, selon ACLED.
La reconquête revendiquée par le pouvoir reste donc confrontée à une insurrection capable de coordonner des attaques et de frapper durement les forces déployées pour reprendre le territoire.
Partis dissous, presse sous pression
Le durcissement politique accompagne cette guerre. Le 29 janvier 2026, le gouvernement a dissous l’ensemble des partis et formations politiques, dont les activités étaient déjà suspendues depuis le coup d’État de 2022.
La situation de la presse s’est également dégradée. Reporters sans frontières classe le Burkina Faso 110e sur 180 en 2026, contre 105e en 2025. RSF estime que le « traitement patriotique » de l’information défendu par Traoré a réduit les possibilités d’exercer librement un journalisme rigoureux.
Le conflit frappe aussi lourdement les civils. Human Rights Watch a documenté 57 épisodes ayant entraîné la mort de plus de 1 800 civils entre janvier 2023 et août 2025. L’organisation met en cause aussi bien le JNIM que l’armée burkinabè et les VDP et qualifie certaines exactions documentées de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
L’or soutient l’économie burkinabè
Le bilan économique offre davantage d’arguments au pouvoir. Selon le FMI, la croissance a atteint 5,3 % en 2025, notamment grâce à la hausse de l’activité minière favorisée par l’envolée du cours international de l’or. Le déficit budgétaire est passé de 5,8 % du PIB en 2024 à 1,8 % en 2025.
Le 28 septembre, Traoré a inauguré RAFFINOR-BF, présentée par les autorités comme la première raffinerie d’or du pays. Le gouvernement veut ainsi transformer davantage de minerai sur place et conserver une plus grande part de sa valeur au Burkina Faso.
Quatre ans après le coup d’État, les résultats économiques donnent donc à Traoré des éléments à faire valoir. Sur le front qui avait largement justifié la prise de pouvoir, celui de la sécurité, le bilan reste beaucoup plus difficile à présenter comme une victoire : malgré le recul des morts en 2025, le Burkina demeure l’un des pays les plus frappés par le terrorisme et le JNIM a démontré en 2026 qu’il conservait une forte capacité de frappe.
F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info







