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L’histoire de la Côte d’Ivoire est jalonnée de personnages dont les parcours continuent de susciter fascination, débats et interrogations. Parmi eux figure Séri Gnedre Lazare, plus connu sous le nom de John Pololo (JP). Son nom demeure profondément ancré dans la mémoire collective ivoirienne, tant pour son influence sur la culture urbaine que pour son implication présumée dans le grand banditisme qui a marqué Abidjan durant les années 1970, 1980 et 1990.
John Pololo est souvent présenté comme une personnalité aux multiples facettes : créateur de génie, innovateur culturel, mais également chef de bande redouté, dont le parcours s’est achevé tragiquement à la fin de l’année 1999.
Un précurseur de la culture urbaine ivoirienne
Doté d’une forte carrure, d’un charisme naturel et d’un sens aigu de la mise en scène, John Pololo s’impose très tôt dans les quartiers populaires d’Abidjan grâce à sa maîtrise des gnaga, ces combats de rue qui faisaient partie de la culture des jeunes de l’époque.

Les nombreux témoignages le décrivent comme un homme capable de déstabiliser psychologiquement ses adversaires avant même l’affrontement physique. Cette capacité, associée à son talent pour les arts martiaux, lui permit de développer un style unique qui allait profondément influencer la jeunesse ivoirienne.
Sa plus grande contribution demeure cependant la création et la popularisation du Logobi, apparu au milieu des années 1980. Inspirée des mouvements de karaté, cette danse reproduit les gestes des combats de rue dans une chorégraphie originale qui deviendra rapidement un phénomène culturel.
Le Logobi ne se limite pas à une simple danse. Il devient un véritable mode d’expression, un style vestimentaire, une manière de marcher, de s’exprimer et de revendiquer une identité urbaine. Aujourd’hui encore, son influence demeure perceptible dans plusieurs courants artistiques ivoiriens.
Un artisan du langage populaire
Au-delà de la danse, John Pololo est considéré par plusieurs observateurs comme l’un des pionniers de la culture Ziguehi, mouvement urbain qui a fortement contribué à l’émergence du Nouchi, langage populaire mêlant le français à plusieurs langues ivoiriennes.
On lui attribue la vulgarisation de nombreuses expressions devenues courantes dans le parler ivoirien, parmi lesquelles :
« Ya fohi »
« Gawa »
« Yèrè »
« Gnanman gnanman »
Ces expressions font aujourd’hui partie du patrimoine linguistique populaire ivoirien et témoignent de l’empreinte culturelle laissée par cette figure atypique.
Une trajectoire marquée par la violence
Si son héritage culturel est largement reconnu, la carrière de John Pololo reste également associée à l’une des périodes les plus sombres du grand banditisme ivoirien.
Chef du groupe criminel connu sous les noms de Vagabonds, Vagabonds Sauvés (VS), il aurait exercé une influence importante dans plusieurs communes d’Abidjan. De nombreux récits et sources lui attribuent des faits de braquages, d’extorsions de fonds, d’agressions violentes, de viols et de meurtres. Ces accusations ont durablement forgé sa réputation de caïd redouté.
Ses activités lui valurent plusieurs séjours à la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan (MACA), où différentes anecdotes rapportent qu’il exerçait une forme d’autorité informelle, notamment en protégeant certains nouveaux détenus, parfois contre rémunération.
Plusieurs témoignages évoquent également des liens présumés entre certains groupes de loubards de l’époque et des acteurs politiques, dans un contexte de fortes tensions sociales. Ces éléments demeurent toutefois largement fondés sur des récits et témoignages dont certains n’ont jamais été établis par des décisions judiciaires définitives.
Une fin tragique
À la suite du coup d’État militaire de décembre 1999 ayant renversé le président Henri Konan Bédié, les nouvelles autorités mettent en place une cellule de lutte contre le grand banditisme connue sous le nom de PC Crise.
Selon plusieurs témoignages relayés au fil des années, John Pololo aurait été interpellé à Abobo après une altercation avec un chauffeur de taxi. Il aurait ensuite été arrêté par des éléments de cette unité spéciale avant de trouver la mort dans des circonstances qui restent controversées. Certains évoquent une exécution extrajudiciaire, tandis que d’autres considèrent qu’il fut rattrapé par les violences qui avaient marqué son propre parcours.
Un personnage devenu une légende urbaine
Plus de deux décennies après sa disparition, John Pololo continue d’alimenter les récits populaires, les documentaires, les chansons et les débats.
Son histoire illustre le paradoxe d’un homme capable de laisser une empreinte durable dans la culture populaire tout en étant associé à une criminalité violente qui a profondément marqué son époque.
Pour certains, il demeure un génie de la rue, inventeur d’un langage, d’une danse et d’une identité culturelle qui traversent encore les générations.
Pour d’autres, il symbolise avant tout les dérives du grand banditisme ayant plongé plusieurs quartiers d’Abidjan dans l’insécurité.
Quoi qu’il en soit, John Pololo occupe une place singulière dans l’histoire contemporaine de la Côte d’Ivoire. Son parcours rappelle qu’une influence culturelle exceptionnelle peut coexister avec un destin profondément tragique, faisant de lui l’une des figures les plus controversées de la mémoire populaire ivoirienne.
La rédaction



