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La lutte contre l’orpaillage illégal en Côte d’Ivoire ne peut plus être considérée comme la seule affaire du gouvernement, des forces de défense et de sécurité ou des autorités administratives. Face aux conséquences environnementales de cette activité clandestine, notamment sur les cours d’eau, les sols et les terres agricoles, chaque citoyen doit se sentir concerné.
Car derrière la recherche effrénée de l’or se joue une autre bataille, beaucoup plus fondamentale : la préservation de l’eau, de notre environnement et, finalement, de notre avenir collectif.
Des cours d’eau directement menacés
Dans plusieurs régions de Côte d’Ivoire, l’orpaillage clandestin exerce une forte pression sur les ressources naturelles. Le creusement anarchique des sols, l’installation d’équipements dans ou à proximité des cours d’eau et les procédés utilisés pour extraire l’or peuvent dégrader les rivières et leurs écosystèmes.
Or, l’eau est un patrimoine national. Elle sert à la consommation des populations, à l’agriculture, à l’élevage et à de nombreuses activités économiques. Détruire progressivement cette ressource pour quelques grammes d’or revient donc à compromettre une richesse beaucoup plus précieuse.
C’est pourquoi le combat contre l’orpaillage illégal doit aussi devenir un combat citoyen pour la sauvegarde de l’état de nos eaux.
Plus de 8 500 sites déguerpis depuis 2021
L’État ivoirien a considérablement renforcé son dispositif de lutte ces dernières années. Le bilan présenté par le Conseil national de sécurité (CNS), le 23 juillet 2026, donne la mesure des opérations engagées.
Entre 2021 et le premier semestre 2026, plus de 8 500 sites d’orpaillage illégal ont été déguerpis sur le territoire national. 4 474 personnes ont été déférées devant la justice, dont environ 65 % de ressortissants étrangers. Les opérations ont également permis la saisie de plus de 960 millions de FCFA et d’environ 136 kilogrammes d’or.
Ces chiffres témoignent de l’ampleur des efforts consentis par l’État, notamment à travers le Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal (GS-LOI). Mais ils révèlent également une réalité préoccupante : malgré les opérations de déguerpissement, le phénomène persiste et parvient parfois à se reconstituer.
La répression, aussi indispensable soit-elle, ne suffira donc pas à elle seule.
Derrière l’or clandestin, des réseaux qui dépassent les frontières
Le problème prend une dimension encore plus préoccupante lorsqu’on observe les circuits économiques et sécuritaires qui peuvent entourer l’exploitation artisanale clandestine de l’or.
Dans la région des trois frontières entre la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Ghana, la Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC) souligne l’importance croissante des économies illicites. Sa cartographie publiée en 2025 indique notamment que le JNIM a tiré des ressources de l’activité aurifère artisanale dans les parties burkinabè et ivoirienne de cette zone frontalière.
Cette dimension rappelle que l’orpaillage clandestin ne constitue pas uniquement un problème environnemental. Il peut aussi s’inscrire dans des circuits informels transfrontaliers et devenir un enjeu économique et sécuritaire.
L’État renforce la riposte, mais les populations ont leur rôle à jouer
Face à la persistance du phénomène, le Conseil national de sécurité a décidé de renforcer la lutte. Les orientations annoncées prévoient notamment une plus grande implication des autorités administratives et coutumières, le renforcement de la coopération avec les pays d’origine de certains orpailleurs étrangers et une application plus stricte des sanctions prévues par les textes.
La Côte d’Ivoire cherche parallèlement à mieux organiser l’exploitation artisanale légale de l’or. En 2025, le pays s’est notamment engagé, avec la Banque mondiale et le World Gold Council, dans une démarche visant à formaliser davantage le secteur, renforcer les normes environnementales et combattre le commerce illicite.
Mais aucune stratégie nationale ne pourra produire tous ses effets sans l’implication des populations.
Chefs de villages, propriétaires terriens, agriculteurs, jeunes, associations, élus locaux et simples citoyens ont tous une responsabilité. Fermer les yeux sur l’installation d’un site clandestin, faciliter l’accès à une parcelle ou garder le silence face à la destruction d’un cours d’eau contribue indirectement à la progression du phénomène.
À l’inverse, sensibiliser son entourage, protéger les terres, alerter les autorités compétentes lorsqu’une activité suspecte apparaît et refuser de collaborer avec les réseaux clandestins sont autant de gestes qui peuvent renforcer l’action de l’État.
L’or peut attendre, l’eau non
La Côte d’Ivoire possède d’importantes ressources minières qui peuvent contribuer à son développement lorsqu’elles sont exploitées dans le respect de la loi, des populations et de l’environnement. Le problème n’est donc pas l’or en lui-même, mais son exploitation anarchique et clandestine au détriment de l’intérêt général.
Un gramme d’or peut être vendu. Une rivière durablement dégradée, une terre agricole détruite ou une source d’eau compromise peut affecter des villages entiers pendant des années.
La véritable richesse d’un pays ne se mesure donc pas seulement à ce qui est extrait de son sous-sol. Elle se mesure aussi à sa capacité à transmettre aux générations futures des terres fertiles, des forêts préservées et surtout une eau saine et disponible.
La lutte engagée par les pouvoirs publics doit ainsi devenir une mobilisation nationale. L’État doit poursuivre la répression et la formalisation du secteur. Les autorités locales doivent exercer pleinement leurs responsabilités. Et les citoyens doivent devenir les premiers gardiens de leur environnement.
Protéger nos cours d’eau contre l’orpaillage illégal, c’est protéger nos villages, notre agriculture, notre santé et l’avenir de nos enfants. Le combat est l’affaire de tous.
W. Thomas
23/08/2026
Ivorian.Net






