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L’AFRIQUE DOIT-ELLE ENCORE S’ENDETTER POUR SE DEVELOPPER ?
POUR UN NOUVEAU PARADIGME DU DEVELOPPEMENT : DE LA DEPENDANCE AU FINANCEMENT EXTERIEUR A LA MOBILISATION DES CAPACITES PRODUCTIVES INTERNES
L’Afrique n’est pas dépourvue de ressources. Et pourtant elle souffre. Elle souffre surtout d’une insuffisante transformation de ses ressources en capacités productives, en recettes publiques, en épargne et en investissement. La Côte d’Ivoire en offre une illustration particulièrement intéressante. Ce pays revendique une croissance forte, dispose d’un potentiel fiscal considérable, de ressources agricoles et minières importantes, mais a encore un recours significatif au financement extérieur. Faut-il continuer à considérer l’endettement comme une condition du développement ? L’expérience asiatique invite à poser autrement la question : le véritable enjeu n’est pas de savoir combien un pays peut emprunter, mais combien de richesses il est capable de produire, de transformer et de mobiliser pour financer lui-même son avenir. Le temps est venu de poser la question autrement
Depuis plusieurs décennies, le débat sur le développement africain est largement dominé par une question : où trouver les financements nécessaires ?
Pour construire une route, il faut rechercher un prêt. Pour construire un hôpital, il faut rechercher un financement. Pour développer un réseau électrique, il faut mobiliser des capitaux extérieurs. Pour réaliser un grand projet d’infrastructure, il faut solliciter les banques internationales, les marchés financiers, les institutions multilatérales ou les partenaires bilatéraux. Cette logique peut être compréhensible dans certaines circonstances. Elle devient cependant problématique lorsqu’elle se transforme en principe permanent d’organisation de la politique économique. Car une question fondamentale demeure : si l’endettement extérieur constituait en lui-même une politique de développement, pourquoi tous les pays qui se sont massivement endettés ne sont-ils pas devenus des économies développées ?
La question mérite d’être posée sans dogmatisme.
Il ne s’agit évidemment pas de soutenir que toute dette serait mauvaise. Une dette qui finance un investissement productif, améliore la productivité, génère des recettes et augmente durablement les capacités de production peut être économiquement rationnelle. Le problème apparaît lorsque l’endettement devient structurel, lorsque chaque nouvelle phase d’investissement appelle mécaniquement de nouveaux emprunts et lorsque le remboursement des dettes passées contribue à créer le besoin de nouvelles dettes. À ce moment-là, la dette cesse d’être simplement un instrument. Elle devient une architecture économique. Et c’est cette architecture qu’il faut, à notre avis, interroger.
LA CROISSANCE NE SUFFIT PAS
Il faut également sortir d’une autre confusion : celle qui consiste à assimiler croissance économique et développement. Une économie peut connaître une croissance élevée sans avoir profondément transformé sa structure productive. Le produit intérieur brut mesure l’évolution de la production globale. Il ne dit pas, à lui seul, comment cette production est répartie, quels secteurs la génèrent, combien d’emplois productifs elle crée, quelle valeur ajoutée reste dans le pays ni si elle renforce durablement les capacités technologiques et industrielles nationales. Un secteur unique peut ainsi tirer la croissance pendant que de nombreux autres secteurs stagnent ou régressent. Une hausse de la production pétrolière, minière ou agricole peut accroître fortement le PIB sans provoquer une industrialisation correspondante. C’est pourquoi la question fondamentale n’est pas seulement : Quel est notre taux de croissance ? Elle doit être : Quelle transformation économique cette croissance produit-elle ?
C’est une différence essentielle. Le développement véritable implique une transformation de la structure productive, une amélioration de la productivité, l’élévation du niveau de qualification, la diversification des activités, l’industrialisation, l’innovation et la création d’emplois de qualité.
LA COTE D’IVOIRE : UN CAS PARTICULIEREMENT INSTRUCTIF
La Côte d’Ivoire constitue à cet égard un cas d’école. Depuis 2012, il est dit que le pays a enregistré une remarquable accélération de sa croissance. La Banque mondiale indique une croissance moyenne de l’ordre de 8,2 % entre 2012 et 2019, puis une reprise vigoureuse après le choc de la pandémie. En 2024, la croissance s’est établie à environ 6 %. Ces performances sont importantes et témoignent à priori de la solidité relative de l’économie ivoirienne et de son potentiel. Mais elles rendent justement nécessaire une question plus ambitieuse : comment transformer cette croissance en développement structurel et en autonomie économique accrue ?
La Côte d’Ivoire dispose de nombreux atouts : agriculture, cacao, anacarde, caoutchouc, ressources minières, hydrocarbures, potentiel énergétique, infrastructures, position géographique stratégique, marché intérieur significatif et accès au marché régional ouest-africain. Le problème n’est donc pas l’absence de ressources. Le problème est celui de leur transformation.
PRODUIRE N’EST PAS ENCORE TRANSFORMER
Prenons l’exemple du cacao. La Côte d’Ivoire est une puissance mondiale de production de cacao. Mais produire une matière première et produire de la valeur ajoutée sont deux choses différentes. La question du développement n’est donc pas simplement de savoir combien de tonnes de cacao sont produites. Elle est de savoir quelle quantité de valeur économique, industrielle, technologique et financière est créée à partir de cette production. La même interrogation vaut pour l’anacarde. La Côte d’Ivoire a considérablement développé cette filière depuis très longtemps, mais le véritable saut économique consiste à passer progressivement de l’exportation de la matière première à la transformation locale, puis à la production de produits à plus forte valeur ajoutée. Cette logique vaut également pour les ressources minières et énergétiques. Une matière première est une richesse potentielle. Une chaîne de valeur est une capacité économique. Voilà pourquoi, nous semble-t-il, la transformation locale doit être placée au cœur des stratégies de développement.
LE VERITABLE ENJEU : TRANSFORMER LES RESSOURCES EN CAPITAL
L’Afrique dispose de ressources considérables. Mais une ressource naturelle n’est pas automatiquement une capacité de développement. Entre la ressource et le développement se trouve tout un système : fiscalité → épargne → investissement → infrastructure → technologie → compétences → production → transformation → exportation → recettes.
Si ce système fonctionne mal, la richesse potentielle ne se transforme pas suffisamment en richesse durable. C’est pourquoi la question des ressources domestiques est fondamentale. La Banque africaine de développement estimait en 2025 que l’Afrique pourrait mobiliser jusqu’à 1 430 milliards de dollars supplémentaires grâce à une meilleure mobilisation des ressources domestiques et à une réduction des fuites financières. Ce chiffre devrait modifier notre manière de penser le développement. Il ne signifie évidemment pas que l’Afrique pourrait soudainement se passer de tous les capitaux étrangers. Il signifie quelque chose de beaucoup plus intéressant à savoir qu’une partie substantielle du financement du développement peut être recherchée à l’intérieur même des économies africaines.
LA COTE D’IVOIRE DISPOSE ENCORE D’UNE MARGE FISCALE CONSIDERABLE
Le cas ivoirien est particulièrement éclairant. Selon la Banque mondiale, les recettes fiscales de la Côte d’Ivoire représentaient environ 14 % du PIB en 2024, contre 11,9 % en 2019. Cette progression reste inférieure à l’objectif de 20 % fixé au niveau de l’UEMOA et à la moyenne observée dans plusieurs économies comparables. La question est donc moins : comment trouver toujours davantage de financements extérieurs que comment accroître durablement la capacité de l’État à mobiliser ses propres ressources ?
Cette question est beaucoup plus structurante. Une augmentation durable de la capacité fiscale permettrait de financer davantage d’investissements publics sans accroître proportionnellement l’endettement. Elle permettrait également de développer des infrastructures sociales essentielles : écoles, universités, hôpitaux, réseaux d’eau, assainissement, transports collectifs, équipements agricoles. L’impôt n’est donc pas seulement un instrument de financement budgétaire. Il peut devenir un instrument de souveraineté économique.
LA DETTE N’EST PAS LE PROBLEME. C’EST LA DEPENDANCE A LA DETTE QUI L’EST.
Il faut ici éviter toute caricature. Dire que l’Afrique doit réduire sa dépendance à l’endettement extérieur ne signifie pas qu’elle doit renoncer à l’emprunt. Un État peut avoir intérêt à emprunter lorsqu’il existe une opportunité d’investissement dont les bénéfices futurs dépassent le coût du financement. Une infrastructure stratégique peut générer des économies de transport. Une centrale électrique peut accroître la productivité industrielle. Un réseau numérique peut transformer les services et réduire les coûts de transaction. Un port moderne peut renforcer la compétitivité commerciale. Une université scientifique peut produire du capital humain dont les bénéfices se manifestent pendant plusieurs décennies. Dans ces situations, l’endettement peut être rationnel.
Mais une question doit toujours être posée : l’investissement financé par la dette augmente-t-il suffisamment la capacité future du pays à produire et à rembourser ?
C’est cette question qui devrait devenir centrale dans l’évaluation des politiques publiques.
A-T-ON VRAIMENT BESOIN DE S’ENDETTER POUR CREER DES PEAGES ?
La question peut paraître provocatrice. Elle est pourtant économiquement pertinente. Lorsqu’un État emprunte pour construire une infrastructure qui doit ensuite générer des recettes de péage, plusieurs interrogations doivent être posées. Quel est le coût total du financement ? Quel est le taux d’utilisation prévu ? Quelle sera la recette annuelle ? Quel est le délai de récupération de l’investissement ? Quelle part de la valeur créée revient à l’économie nationale ? Quel est le coût d’entretien ? Quelle est la durée de la concession ? Quelle est la rentabilité sociale du projet ?
Et surtout : aurait-il été possible de financer une partie de l’infrastructure par les ressources domestiques, l’épargne nationale, les fonds de pension ou les marchés financiers régionaux ?
Ces questions ne sont pas idéologiques. Elles relèvent de la bonne gestion économique. Le problème n’est donc pas le péage en soit. Le problème est la manière dont nous décidons de financer l’actif qui génère le péage.
L’EXPERIENCE ASIATIQUE : UNE LEÇON, MAIS PAS UN MODELE A COPIER
Les économies asiatiques offrent une leçon importante. Il serait toutefois simpliste d’affirmer que les pays asiatiques se seraient développés sans dette ou sans capitaux étrangers. La réalité est beaucoup plus complexe. La Corée du Sud, Taïwan, Singapour, la Malaisie, la Thaïlande, l’Indonésie et, plus tard, la Chine ont utilisé des capitaux extérieurs à différents moments. Mais l’élément déterminant de leurs trajectoires n’a pas été l’endettement. Il a été incontestablement l’accumulation de capacités productives. La Banque mondiale, dans son célèbre rapport The East Asian Miracle, a notamment mis en évidence le rôle de la stabilité macroéconomique, du capital humain, de l’investissement, de l’ouverture commerciale et de politiques publiques favorables à la transformation économique. La Corée du Sud est particulièrement révélatrice. Elle était encore une économie pauvre au milieu du XXe siècle. Elle est devenue une puissance industrielle, technologique et commerciale majeure. Cette transformation n’a pas résulté d’une simple accumulation de capitaux. Elle a résulté d’un processus cumulatif : éducation → compétences → industrie → productivité → exportations → revenus → épargne → investissement → innovation.
Voilà la véritable leçon asiatique.
LA DIFFERENCE FONDAMENTALE ENTRE FINANCER ET PRODUIRE LE DEVELOPPEMENT
Il existe deux conceptions du développement. La première considère que le principal problème est de trouver suffisamment de capitaux. La seconde considère que le principal problème est d’augmenter suffisamment la capacité productive pour générer les capitaux nécessaires. La première logique est financière. La seconde est productive. Dans la première : déficit → emprunt → investissement → remboursement → nouvel emprunt.
Dans la seconde : productivité → production → revenus → épargne → investissement → productivité.
La différence est fondamentale. Le premier système peut fonctionner pendant un certain temps. Le second est beaucoup plus susceptible de créer une dynamique durable.
L’EPARGNE AFRICAINE DOIT FINANCER DAVANTAGE L’AFRIQUE
Il existe également une contradiction qu’il faut résoudre. L’Afrique cherche des capitaux à l’extérieur alors qu’une quantité importante de capital africain existe déjà sous différentes formes. Il existe l’épargne des ménages. Il existe les banques. Il existe les compagnies d’assurance. Il existe les fonds de pension. Il existe les investisseurs institutionnels. Il existe la diaspora. Il existe le capital entrepreneurial. Le problème est que ces ressources sont insuffisamment transformées en investissements productifs de long terme. Le développement des marchés financiers domestiques et régionaux devrait donc devenir une priorité stratégique. L’objectif devrait être de construire progressivement un système dans lequel : l’épargne africaine finance l’investissement africain. Cela réduirait mécaniquement une partie de la dépendance à la dette extérieure.
LE DEVELOPPEMENT NE SE MESURE PAS SEULEMENT EN KILOMETRES DE ROUTES
Il faut également changer notre manière d’évaluer les politiques publiques. Le nombre de kilomètres de routes construites est un indicateur d’activité. Ce n’est pas nécessairement un indicateur de développement. Une route devient économiquement transformatrice lorsqu’elle permet à un agriculteur d’accéder plus rapidement au marché, à une entreprise de réduire ses coûts logistiques, à une usine de recevoir ses intrants, à un produit agricole d’atteindre un port, à un travailleur d’accéder à un emploi. L’infrastructure doit donc être pensée comme une infrastructure de productivité. La même logique vaut pour les ports, les chemins de fer, les aéroports, les barrages, les centrales électriques et les réseaux numériques. La question n’est pas seulement : Qu’avons-nous construit ? Elle doit être : Qu’est-ce que cette construction permet désormais à notre économie de produire qu’elle ne pouvait pas produire auparavant ?
LE VERITABLE INDICATEUR : LA PRODUCTIVITE
C’est probablement ici que se trouve la question centrale du nouveau paradigme. La productivité permet de produire davantage avec les mêmes ressources. Elle augmente les revenus. Elle améliore la compétitivité. Elle permet de payer de meilleurs salaires. Elle augmente les marges des entreprises. Elle accroît les recettes fiscales. Elle renforce la capacité d’exportation. Elle facilite le remboursement de la dette. La productivité est donc la variable qui permet de transformer un investissement en capacité économique. Une dette qui augmente la productivité peut être soutenable. Une dette qui augmente uniquement les actifs physiques sans renforcer la capacité productive peut devenir un fardeau.
LA CROISSANCE IVOIRIENNE DOIT MAINTENANT FRANCHIR UNE NOUVELLE ETAPE
La Côte d’Ivoire a réussi une première transformation si l’on en croit les affirmations des autorités actuelles. Elle a retrouvé une croissance forte et consolidé sa position d’économie majeure de l’Afrique de l’Ouest. La prochaine étape est plus difficile. Il faut transformer la croissance en : industrialisation ; emplois productifs ; transformation agricole ; innovation ; montée en gamme ; émergence d’entreprises nationales compétitives ; augmentation de la productivité ; augmentation des recettes intérieures. La question, ici, n’est donc plus simplement celle du taux de croissance. La question est celle de sa qualité.
Une croissance de 6 % qui transforme profondément la structure productive peut avoir beaucoup plus de valeur à long terme qu’une croissance de 8 % concentrée dans quelques secteurs.
REPENSER LA POLITIQUE INDUSTRIELLE AFRICAINE
La politique industrielle ne doit pas être systématiquement comprise comme un retour à une économie administrée. Elle peut consister à identifier les secteurs dans lesquels un pays possède des avantages réels ou peut construire des avantages compétitifs. Pour la Côte d’Ivoire, cela pourrait concerner notamment : l’agro-industrie ; la transformation du cacao ; la transformation de l’anacarde ; les industries liées au caoutchouc ; la pharmacie ; les matériaux de construction ; l’énergie ; les services numériques ; la logistique ; certaines industries manufacturières. L’objectif n’est pas de tout produire. L’objectif est de produire davantage de ce que l’on peut produire efficacement et de monter progressivement dans les chaînes de valeur.
L’INTEGRATION AFRICAINE PEUT CHANGER L’EQUATION
Un marché national reste limité. Un marché continental est considérablement plus important. La Zone de libre-échange continentale africaine offre à cet égard une opportunité historique. Elle permet potentiellement de construire des chaînes régionales de valeur. Une entreprise ivoirienne n’a pas nécessairement besoin de produire seule l’ensemble d’un bien. Elle peut produire certains composants en Côte d’Ivoire, s’approvisionner dans un autre pays africain, assembler dans un troisième et exporter vers un quatrième. C’est ainsi que fonctionnent les grandes chaînes de production modernes. L’intégration africaine doit donc devenir non seulement un projet commercial, mais un projet industriel.
IL FAUT SORTIR DE LA PSYCHOLOGIE DU FINANCEMENT
Nous avons peut-être trop longtemps posé la question du développement en termes financiers. Combien avons-nous obtenu ? Combien allons-nous emprunter ? Combien de milliards seront mobilisés ? Combien de partenaires sont prêts à nous accompagner ?
Ces questions sont légitimes. Mais elles ne sont pas les premières. Les premières devraient être : Que voulons-nous produire ? Quelle valeur voulons-nous créer ? Quels emplois voulons-nous créer ? Quelles compétences devons-nous développer ? Quelles entreprises voulons-nous faire émerger ? Quelles chaînes de valeur voulons-nous contrôler ? Quelles ressources pouvons-nous mobiliser nous-mêmes ?
Une fois ces questions posées, vient celle du financement. Et non l’inverse.
VERS UNE REGLE NOUVELLE : EMPRUNTER POUR ACCELERER, PRODUIRE POUR REMBOURSER
Il pourrait être utile d’adopter une règle simple dans la philosophie des politiques publiques : L’endettement extérieur doit servir à accélérer l’accumulation de capacités productives, et non à compenser durablement l’insuffisance de ces capacités. Cette règle permet de distinguer deux situations.
Dans la première, le pays emprunte pour construire une infrastructure qui augmente sa productivité. Dans la seconde, il emprunte parce qu’il ne parvient pas à mobiliser suffisamment ses propres ressources pour maintenir son niveau de dépenses. Les deux situations peuvent présenter le même montant de dette. Mais économiquement, elles ne sont pas comparables.
LE VERITABLE ENJEU : PASSER DE LA CROISSANCE FINANCEE A LA CROISSANCE AUTO-ENTRETENUE
L’objectif ultime devrait être une économie capable de générer progressivement son propre financement. C’est cela, une croissance auto-entretenue. Une entreprise investit. Elle produit davantage. Elle vend davantage. Elle crée des emplois. Elle paie davantage d’impôts. L’État dispose de recettes supplémentaires. Il investit. La productivité augmente. Les revenus augmentent. L’épargne augmente. Le système financier dispose de davantage de ressources. L’investissement privé augmente à son tour. La boucle est vertueuse. C’est cette boucle que les politiques publiques doivent chercher à construire.
CONCLUSION :
LE DEVELOPPEMENT NE S’EMPRUNTE PAS
L’Afrique doit aujourd’hui changer de question. Pendant longtemps, nous avons demandé : Qui va financer notre développement ?
Nous devons désormais demander : Comment allons-nous produire les ressources qui financeront notre développement ?
La nuance est immense. Elle change la politique fiscale. Elle change la politique industrielle. Elle change la politique agricole. Elle change la politique éducative. Elle change la politique financière. Elle change même notre conception des infrastructures. La dette extérieure n’est pas l’ennemie du développement. Mais elle ne doit pas devenir sa condition permanente. Un pays peut emprunter pour accélérer son développement. Il ne peut pas durablement emprunter pour remplacer sa capacité à se développer.
La Côte d’Ivoire dispose d’une base économique qui lui permet d’aller plus loin si l’on en croit les affirmations des autorités actuelles : croissance élevée, agriculture performante, potentiel industriel, ressources minières et énergétiques, position stratégique en Afrique de l’Ouest et capacité d’intégration régionale. Son défi des prochaines décennies devrait être de transformer progressivement ces avantages en capacité productive, capacité fiscale, capacité financière et capacité technologique. Le même raisonnement vaut, avec des intensités différentes, pour de nombreuses économies africaines. Il faut donc passer d’une philosophie du financement du développement à une philosophie de la production du développement. Ce changement ne signifie pas fermer les portes aux investisseurs étrangers, aux banques internationales ou aux institutions financières multilatérales. Il signifie simplement que ces acteurs doivent être considérés comme des partenaires et des accélérateurs, et non comme les propriétaires du projet de développement. La véritable souveraineté économique ne consiste pas à ne jamais emprunter. Elle consiste à être capable de choisir quand, pourquoi, combien et auprès de qui emprunter. Et surtout à construire une économie qui, progressivement, a de moins en moins besoin d’emprunter pour financer ce qu’elle est capable de produire elle-même. C’est peut-être là que se trouve la véritable leçon de l’expérience asiatique. Le développement ne consiste pas à accumuler des financements. Il consiste à accumuler des capacités. Capacité de produire. Capacité de transformer. Capacité d’innover. Capacité d’exporter. Capacité d’épargner. Capacité d’investir. Capacité de financer son propre avenir. Retenons que Le développement ne s’emprunte pas. Il se construit.
© DR KOCK OBHUSU
Économiste – Ingénieur
Références
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