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Le 2 août 2026, un pétrolier sous sanctions a été arraisonné au large de la Sicile par la mission navale européenne Irini. Le Toa Payoh naviguait sous pavillon camerounais, adopté quelques jours plus tôt : un cas emblématique du détournement massif du drapeau du Cameroun par la flotte fantôme russe, ce réseau qui permet à Moscou de continuer à vendre son pétrole malgré les sanctions.
Un pétrolier sous sanctions arraisonné, puis relâché
Le dimanche 2 août 2026, la frégate italienne Thaon di Revel, navire amiral de la mission navale européenne EUNAVFOR MED Irini, a arraisonné le Toa Payoh à l’ouest de Pantelleria, entre la Sicile et la Tunisie. Parti de Cotonou le 16 juillet vers Istanbul, le pétrolier avait basculé sous pavillon camerounais quelques jours plus tôt. Son capitaine ayant refusé de coopérer, des militaires italiens sont montés à bord par hélicoptère. Mais la mission n’avait pas le mandat de saisir le navire : après deux heures d’inspection, le Toa Payoh a repris sa route. La fraude, elle, continue de naviguer.
Comment un pavillon devient un bouclier
Pour saisir l’enjeu, il faut savoir ce que vaut un drapeau en mer. En haute mer, un navire relève de la juridiction de son État de pavillon : c’est cet État qui est censé le contrôler, et cette autorité limite la capacité des autres pays à l’arraisonner. En s’immatriculant frauduleusement au Cameroun, les pétroliers de la flotte fantôme russe, ces navires vieillissants, sans assurance occidentale connue et que Moscou utilise pour écouler son brut hors des circuits sous sanctions, s’offrent une couverture légale. Le choix du Cameroun n’a rien d’un hasard : coûts d’enregistrement dérisoires, surveillance quasi inexistante, et jusqu’à de faux sites d’immatriculation. Quand un « refuge » se ferme sous la pression, comme le Panama, la Gambie ou le Gabon, les opérateurs de Moscou se replient vers le suivant.
Une flotte au service de l’effort de guerre russe
L’ampleur du détournement donne le vertige. Fin avril 2026, 127 des quelques 193 navires immatriculés au Cameroun étaient identifiés comme appartenant à la flotte fantôme. À son pic, en janvier, ce seul pavillon représentait près de 13 % des pétroliers sanctionnés dans le monde, plaçant le Cameroun au deuxième rang mondial, derrière la Russie elle-même. Chaque cargaison ainsi écoulée alimente les recettes qui financent l’invasion de l’Ukraine. Et le Cameroun n’est pas seul : les registres du Bénin, de la Gambie ou de la Guinée subissent la même dérive.
Le risque rejeté sur les côtes africaines
Face à la pression, Yaoundé a réagi : enquête transmise à l’Organisation maritime internationale, 39 navires radiés, nouvelles immatriculations suspendues. Trop peu, trop tard, car les réimmatriculations frauduleuses vont plus vite que les radiations. Le préjudice, lui, est bien réel : dès 2024, les Émirats arabes unis fermaient leurs ports aux navires camerounais, et le registre figure désormais parmi les plus risqués au monde. Surtout, ces pétroliers hors d’âge et non assurés font peser une menace environnementale : en cas de naufrage, c’est un littoral africain qui paierait la marée noire, pendant que Moscou empocherait le pétrole.
Jusqu’où Moscou pourra-t-il faire porter à un drapeau africain le coût financier, écologique et diplomatique de sa guerre ?
F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info






