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Enquête
OURAGAHIO : dans les coulisses du « Bizi »,
enquête sur une jeunesse confrontée à la précarité et aux risques
OURAGAHIO, à 17 kilomètres de Gagnoa, dans le Sud-Ouest de la Côte d’Ivoire.
Il est un peu plus de 10 heures du matin-Au marché de Ouragahio, les commerçantes interpellent les clients. Les motos-taxis se faufilent entre les passants. Les élèves sont en vacances scolaires. La ville semble vivre au rythme paisible de son quotidien.
Mais derrière cette apparente normalité, une autre réalité se dessine. Une réalité discrète, rarement évoquée publiquement, mais dont plusieurs habitants reconnaissent l’existence. Ici, elle porte un nom : le « Bizi », un terme populaire utilisé pour désigner la prostitution.
Face au chômage, à la précarité et au manque de perspectives économiques, certaines jeunes femmes expliquent avoir choisi cette activité pour subvenir à leurs besoins, aider leurs familles ou faire face aux difficultés de la vie quotidienne.
Dans le cadre de cette enquête, notre équipe de reportage est allée à la rencontre de plusieurs jeunes femmes, d’habitants, d’un habitué des lieux de divertissement, d’un professionnel de santé et d’un responsable d’organisation de la société civile afin de comprendre les réalités, les risques et les pistes de solution autour de ce phénomène.
Un phénomène qui ne se limite plus à la nuit
Selon les témoignages recueillis, le « Bizi » ne s’exerce plus uniquement à la tombée de la nuit.
Les prises de contact peuvent avoir lieu aussi bien en journée qu’en soirée, dans certains bars, maquis, aux abords de certains hôtels, dans des rues très fréquentées ou encore lors de certaines cérémonies funéraires qui rassemblent de nombreuses personnes.
À la nuit tombée, l’ambiance de la ville change. Les lieux de loisirs accueillent davantage de monde et deviennent, selon plusieurs personnes interrogées, des espaces où des adultes peuvent entrer en contact.
Le phénomène demeure toutefois difficile à mesurer avec précision, car il évolue souvent dans la discrétion.
Des femmes racontent leurs parcours
Les femmes rencontrées ont accepté de témoigner sous couvert de l’anonymat.
L’une d’elles explique:
« Beaucoup pensent que nous faisons cela par facilité. Mais certaines filles sont arrivées ici parce qu’elles n’avaient pas d’autres solutions. Il faut payer le loyer, manger et aider la famille. La vie est difficile. »
Une autre raconte:
« J’ai cherché du travail, mais je n’ai pas trouvé. Aujourd’hui, cette activité m’aide à vivre. Mais ce n’est pas toujours facile. Il y a les jugements, les risques et parfois la peur. »
Une troisième ajoute:
« Nous savons qu’il existe des dangers. Beaucoup d’entre nous aimeraient apprendre un métier ou créer une activité génératrice de revenus pour quitter cette situation. »
À travers ces témoignages apparaît une même réalité : celle d’une partie de la jeunesse confrontée au chômage, à la précarité et au manque d’opportunités.
Des tarifs variables selon les circonstances
Notre équipe a également rencontré un habitué des lieux de divertissement qui a accepté de témoigner anonymement.
Selon lui :
« Quand tu rencontres une travailleuse du Bizi dans un bar, un hôtel, un maquis, dans une rue très fréquentée ou pendant certaines cérémonies, les sommes tournent généralement autour de 2 000 à 3 000 FCFA. Mais lorsque le contact passe par les réseaux sociaux, certains sites internet ou des intermédiaires, les montants peuvent atteindre 10 000 FCFA ou davantage selon les situations. »
Ces propos représentent uniquement le témoignage de la personne interrogée dans le cadre de cette enquête et ne constituent pas une généralisation.
Les hôtels cités dans les témoignages
Au cours de notre enquête, plusieurs personnes interrogées ont indiqué que certaines femmes et jeunes filles proposant des services sexuels peuvent être rencontrées dans certains hôtels de Ouragahio, où elles retrouvent des clients majeurs consentants.
La rédaction précise toutefois que cette information repose uniquement sur des témoignages recueillis. Elle ne signifie pas que les hôtels de Ouragahio organisent ou encouragent la prostitution.
Les hôtels demeurent avant tout des établissements d’hébergement et aucun élément recueilli au cours de cette enquête ne permet d’affirmer une implication de leurs responsables dans ces pratiques.
Le médecin-chef contacter par notre équipe sur les risques sanitaires.
Pour comprendre les conséquences sanitaires liées à ce phénomène, le vendredi 31 juillet 2026, notre équipe de reportage le scolaire et infodirecte.net s’est rendue au Centre de santé urbain de Ouragahio pour rencontrer le docteur Jean Marius Seka, médecin-chef de l’établissement.
Le professionnel de santé insiste sur l’importance de la prévention.
« Les rapports sexuels non protégés peuvent exposer aux infections sexuellement transmissibles, notamment le VIH, la syphilis, la gonorrhée et les hépatites virales. Ils peuvent également entraîner des grossesses non désirées. Nous recommandons l’utilisation du préservatif, le dépistage régulier et la consultation auprès des services de santé en cas de problème. »
Pour le médecin-chef, l’information, le dépistage volontaire et l’accès aux soins restent les meilleurs moyens de protéger les populations.
L’ONG UFDCEM appelle à une mobilisation collective
Notre équipe de reportage le scolaire et infodirecte.net a également recueilli la réaction de l’apôtre Yaon Pierre Nicaise, superviseur des projets de l’ONG UFDCEM.
Pour lui, la lutte contre ce phénomène doit passer par la sensibilisation et l’accompagnement.
« La mission de notre structure est de sensibiliser les populations sur les conséquences sociales, sanitaires et économiques de ce phénomène. Nous voulons encourager les jeunes, en particulier les jeunes filles, à apprendre un métier et à développer des activités génératrices de revenus. Nous lançons un appel aux bailleurs de fonds, aux partenaires techniques et financiers ainsi qu’aux personnes de bonne volonté afin qu’ils soutiennent la réalisation de ce projet de sensibilisation. Ensemble, nous pouvons offrir des alternatives durables et redonner de l’espoir aux jeunes confrontés à la précarité. »
Selon lui, la mobilisation des pouvoirs publics, des organisations de la société civile, des partenaires au développement et des communautés est nécessaire pour prévenir ce phénomène et proposer des solutions durables.
Au-delà du phénomène, une question de société
Au terme de cette enquête, une réalité apparaît : le « Bizi » ne se résume pas uniquement à la prostitution. Il révèle également les difficultés économiques et sociales auxquelles une partie de la jeunesse est confrontée.
Le manque d’emplois, l’absence de formation professionnelle, la vulnérabilité économique et les responsabilités familiales sont évoqués comme des facteurs qui peuvent conduire certaines jeunes femmes vers cette activité.
Pour plusieurs acteurs rencontrés, les réponses doivent dépasser la seule répression. Elles doivent aussi passer par la formation, la création d’emplois, l’autonomisation économique des femmes, la prévention sanitaire et l’accompagnement social.
Derrière chaque témoignage recueilli se trouve une histoire personnelle, un parcours difficile, mais aussi un espoir de changement.
À Ouragahio, le phénomène du « Bizi » continue de susciter des interrogations. Entre précarité économique, risques sanitaires et recherche d’un avenir meilleur, cette enquête met en lumière une réalité complexe qui appelle des réponses responsables, humaines et durables.
ENQUÊTE ET REPORTAGE RÉALISÉS PAR JT225





